Coaching… On ne sait toujours pas ce que c’est… ou alors, on ne sais pas toujours ce que c’est…

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Coaching… On ne sait toujours pas ce que c’est… ou alors, on ne sais pas toujours ce que c’est…

Cela fait bientôt dix ans que j’exerce le coaching professionnel, auprès d’organisations comme de particuliers. Et, depuis dix ans, une question revient inlassablement : qu’est-ce que ce « truc » qu’on appelle « coaching » ?

Si j’emploie volontairement le mot « truc », c’est pour souligner le flou persistant qui entoure cette pratique. Dès qu’on commence à s’y intéresser de près, l’incertitude apparaît. Et, dans le grand public, trois représentations dominent.

La première : le coaching serait une intervention destinée à résoudre un problème, grâce à un expert qui apporte des solutions. Derrière cette idée se cache souvent une forme de scepticisme : « on va payer grassement quelqu’un qui ne connaît rien à notre réalité pour nous dire ce que nous devons faire… ». Or cette vision confond deux métiers distincts. Celui qui apporte les solutions, c’est le consultant, expert d’un domaine précis. Le coach, lui, est expert du processus de coaching, pas du contenu. Il ne vient pas “savoir à la place de”, il vient faciliter la réflexion et l’autonomie du client. Comme le rappelle Sir John Whitmore, pionnier du coaching moderne, « le coaching consiste à libérer le potentiel des personnes pour maximiser leur performance » (Whitmore, Coaching for Performance, 2017). La différence est fondamentale, même si elle est largement brouillée par le fait que de nombreux consultants se font aujourd’hui appeler « coach ».

La deuxième représentation : le coaching serait une sorte de guidance existentielle, réservée aux moments où l’on est perdu, mal, en quête de la “bonne” décision ou de “la meilleure version de soi”. Le “coach” dirait alors quoi faire pour aller mieux. Cette image est non seulement erronée, mais potentiellement dangereuse. Elle rapproche le coaching de figures comme le « maître de vie » ou le gourou, avec tous les risques de dépendance et de manipulation que cela comporte. L’actualité culturelle illustre bien ce glissement avec le film Gourou de Yann Gozlan, où Pierre Niney incarne un coach en développement personnel charismatique dont l’influence bascule progressivement dans la toxicité. Un coach professionnel ne dit pas à son client ce qu’il doit faire. Il ne prescrit pas, il n’impose pas un chemin. Comme le souligne l’International Coaching Federation (ICF), le coaching est un espace qui « stimule la réflexion et la créativité du client » plutôt qu’un dispositif de conseil déguisé.

La troisième représentation : le coaching serait une forme d’apprentissage guidé, où le coach montre comment mieux faire certaines choses et accompagne dans l’acquisition de compétences. Ici encore, confusion. Cette description correspond davantage au rôle du formateur ou du mentor. Le formateur transmet des connaissances et des méthodes ; le mentor partage son expérience pour soutenir le développement d’une personne plus junior. Le coach, lui, n’est pas là pour combler un manque de compétence. Il travaille à un autre niveau : celui des schémas de pensée, des contradictions internes, des freins invisibles qui empêchent d’atteindre des résultats pourtant désirés. Comme l’a montré Anthony Grant, chercheur en psychologie du coaching, le coaching est un processus collaboratif, centré sur les objectifs, qui développe à la fois la prise de conscience et la responsabilité personnelle (Grant, 2001, 2013).

Face à ces malentendus, une part de responsabilité nous revient, à nous, coachs professionnels certifiés. Nous n’insistons probablement pas assez sur la spécificité de notre posture et de notre cadre de travail.

La définition proposée par l’International Coaching Federation est pourtant claire : « Le coaching est un partenariat avec les clients dans un processus créatif et stimulant qui les inspire à maximiser leur potentiel personnel et professionnel. »

Tout est là : un partenariat, donc une relation égalitaire ; un processus, et non une expertise de contenu ; et un client qui reste l’acteur principal de son cheminement. Le coach n’a pas de pouvoir sur son client — et ne devrait jamais en avoir. Son rôle est de créer les conditions pour que le client pense, choisisse et agisse par lui-même, en cohérence avec ses valeurs et ses objectifs.

Mais sommes-nous, coachs, toujours capables d’honorer cette définition dans tous les contextes ? Lorsque certains clients potentiels laissent entendre qu’ils souhaitent être “guidés”, sommes-nous prêts à recadrer ce point de vue, au risque de perdre le contrat ? Je n’en suis pas totalement sûr. Et chaque fois que nous acceptons implicitement d’endosser un rôle de conseiller, de sauveur ou de mentor, nous contribuons à créer de la confusion. Nous alimentons l’enfumage. Et nous offrons le flanc aux critiques et aux détracteurs du coaching.

Je crois qu’il existe peu de professions confrontées à autant de brouillard que le coaching. Aujourd’hui, tout le monde est “coach en quelque chose”. Et ce qui m’étonne, c’est de voir à quel point le public est parfois prêt à faire confiance à des personnes auxquelles je ne confierais même pas le soin de vider mes poubelles. Qu’est-ce qui fait que certaines personnes préfèrent se tourner vers des charlatans, capables de facturer des “services” à des prix exorbitants, plutôt que vers des professionnels formés, certifiés et supervisés ? La question reste ouverte pour moi.

D’un côté, on est prêt à se mettre entre les mains de n’importe qui ; de l’autre, on tire à boulets rouges sur “le coaching” et “les coachs”, sans faire la différence entre les praticiens sérieux et les escrocs. Sans parler des prétendues formations en coaching du type : « Deviens coach certifié en 8 heures, 100% en ligne ». Ce genre d’offres décrédibilise la profession et entretient l’illusion que le coaching serait une compétence instantanée, accessible sans travail en profondeur sur soi, sans formation structurée, sans supervision.

Que pouvons-nous faire, concrètement, pour éviter ce chaos ?

Le plus simple et le plus efficace, à mes yeux, est de renvoyer systématiquement à des référentiels clairs : le code éthique et les compétences-clé de l’International Coaching Federation, et, bien sûr, les standards d’organisations sérieuses comme l’EMCC. Ces cadres définissent ce qu’est le coaching, ce qu’il n’est pas, et comment se comporte un professionnel responsable.

Mes recommandations sont simples : si vous voulez savoir ce qu’est le coaching et vérifier si un coach est un professionnel, allez sur le site de l’International Coaching Federation. Vous y trouverez une description précise de la profession, ainsi que des informations sur les niveaux de certification et la possibilité de vérifier si un coach est effectivement accrédité. Je suis également convaincu que le site de l’EMCC propose des critères de validation exigeants ; vous pouvez vous y référer tout autant.

Et pour ma part, j’espère que ce texte contribue à faire émerger une vision plus claire et plus correcte de ce qu’est ce « truc » qu’on appelle coaching.

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